Projet
vitupErrance
Intervention dans l’espace public

Intervention dans l’espace public

J'aurais préféré avoir des certitudes.
J'aurais préféré mettre des lunettes de soleil,
j'aurais eu une voiture de sport,
et je ne t'aurais pas même vu.

Un homme marche dans une rue, dans un parc. Il demande son chemin. Il se met à parler un peu trop fort et le regard des passants s’arrête. Cet homme qui semblait désorienté, est trop bruyant. Seul avec sa valise, il n’est visiblement pas fou. Pourquoi parle-t-il si fort ? Peu à peu, c’est un personnage qui harangue les passants devenus "public".

Il marche seul, sans but, sans s'arrêter, sans certitude. Il marche dans la ville, traînant une valise. Et parle de la société libérale qui fait des hommes des clochards ou des fous. Des vendeurs de téléphones aussi, des croyances meurtrières, des superhéros américains et de la machine à vapeur... Dans la défroque d'un homme usé par la vie, Pascal Laurent explose de colère, de peur et d'indignation. Avec un brin d'humour et une logique implacable : "Quand on plante un clou, on le plante pour l'humanité." A suivre.

Thierry Voisin.

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Entre scandale et théâtre d’intervention

Il y a des gens qui écrivent des livres, d'autres qui réalisent des films, Pascal Laurent parle.
Il parle avec causticité de notre société marchande.

Cette société accepte vaguement la présence d'un fou - il suffit de détourner le regard - mais rejette violemment l’homme sain et lucide, qui critique et dénonce, à haute voix, au milieu de la foule, dans une file pendant l’attente aux caisses ou lors d'un contrôle de police.
Le quotidien est au cœur du texte : publicité, rendement, profit, petites embrouilles…
Dans les emportements d’un personnage outré, Pascal Laurent met en cause la légitimité de la publicité, les jeux vidéo et la violence enseignée, le trafic institutionnel des forfaits de téléphone, le manque de personnel aux caisses et les profits engendrés, la peur de témoigner, le refus de voir ou d’entendre… et toujours, il cherche le rouage social et politique qui provoque ces attitudes, mettant en lumière les petites mesquineries crapuleuses et les petits égoïsmes quotidiens qui engendrent de grands problèmes de société.

Il remet en question l’attitude muette, neutre, parfois servile voire collaboratrice de chacun de ses auditeurs.

La présence du comédien, dépouillé de son statut de "spectacle", perturbe le spectateur tant qu'il n'a pas perçu la réalité de cette présence.

Ainsi, lors des représentations de vitupErrance au festival Vivacité de Sotteville les Rouen en 2012, la police municipale interrompt le spectacle en rentrant dans le cercle que Pascal Laurent avait créé et en lui intimant l'ordre de partir.

"Non, t'es pas un spectacle, ... t'es un imposteur"

lui dit le pandore, saisissant sa valise, seul accessoire du spectacle, et montrant qu'il n'avait même pas lu le programme du festival dont il était censé protéger le bon déroulement.
Ainsi le théâtre invisible, au bord du scandale, qui s'appuie sur la prise de parole d'un inconnu en espace public, révèle l'intolérance de notre société, à travers la réaction de  ces trois employés municipaux.
(voir la vidéo)

Équipe & Partenaires
vitupErrance
On ne peut que l’entendre et il nous force à le juger, à prendre position. Il transforme un espace où chacun se retrancherait dans sa bulle, en un espace redevenu collectif, espace sonore unique, où l’on regarde le voisin pour saisir sa réaction et pouvoir se positionner.



De et par Pascal Laurent

Pascal Laurent est auteur, acteur, danseur, acrobate, échassier et metteur en scène. Co-fondateur et co-directeur artistique de la compagnie friches théâtre urbain, il travaille dès ses débuts la forme solo, et joue depuis presque 30 ans le personnage d’un charlatan illuminé - Melgut - qui se propose de sauver l’univers pour quelques pièces. Rampant, craintif, tassé, le personnage de Melgut se sent poursuivi par la foule d’un univers où la différence est interdite.
Avec VitupErrance, Pascal Laurent, descendu de ses échasses, exprime un regard lucide sur la médiocrité d’un monde cupide et égoïste.

 

Création à Sotteville les Rouen Festival VIVA CITÉ (Off) 2012

Tournée : Paris 17ème - les Batignolles, Festival Chalon dans la Rue (Off) 2013

Ressources
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